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Les cheveux de Ra'ameses II

forensic-Ramses-IILes Cheveux du Pharaon

En janvier 2005, lors de mon voyage en Egypte, dans le Musée du Caire, je me suis trouvé nez à nez avec la momie de Ra’ameses II, aussi connu comme Ramsès le Grand, fils de Ra. Ce rencontre était pour moi un des moments les plus impressionnants de cette croisière sur le Nile.

Ce que je ne pouvais pas savoir à ce moment-là: un an et demi après j’échapperais à justesse à une implication directe dans une polémique diplomatique internationale concernant… des mèches de cheveux de Ra’ameses II.

Historique

Ramsès le Grand en chair et osBase aérienne du Bourget, 26 septembre 1976, 17 heures. En présence du ministre des Universités, du général dirigeant la maison militaire du président, du commandant de la base et de l'ambassadeur d'Egypte, la garde républicaine rend les honneurs réservés aux chefs d'Etat à … une caisse de bois ! Dans cette caisse se trouve un hôte de marque, certes mort depuis 3189 ans, mais néanmoins des plus augustes : Ramsès II. La momie étant malade (on s'aperçoit de la présence de champignons liée à une mauvaise exposition et conservation du corps au Caire) celle-ci fut officiellement invitée par le Président Giscard d’Estaing à venir se faire soigner à Paris dans les transports confortables de l'aviation militaire.
Sur son passeport est inscrite sa profession : « Roi (décédé) ».

La garde républicaine lui offre un tour de la place de la Concorde et de l’obélisque jadis ramené par Napoléon de ses conquêtes d'Égypte, (Ramsès devait se délecter des quatre faces sculptées de motifs à sa gloire) avant d'être déposée au Musée de l’Homme pour être soignée de ses parasites.

Pendant sept mois, une vaste équipe de chercheurs et techniciens se relaiera au chevet du plus célèbre des rois d'Egypte, assurant les travaux d'investigation et de sauvetage de la momie. Plus tard des mauvaises langues prétenderont que ce sauvetage n’était qu’un prétexte pour cette visite d’état  et que le véritable objectif était surtout d’investiguer si Ramsès était oui ou non le pharaon de l’exode.

La polémique

Dans le cadre du projet, quelques mèches de cheveux, des morceaux de bandelettes de linceul et de résine d’embaumement sont envoyés en Allemagne par un certain Diebolt. Les échantillons doivent y faire objet d’une analyse atomique. Au retour du matériel en France Diebolt range les échantillons, désormais radioactifs, dans une armoire plombée dans son lieu de travail. Quatorze ans plus tard, Diebolt part en retraite et emporte les échantillons chez lui.

Les cheveux de Ramsès le GrandDix-huit mois après mon voyage en Egypte je rencontre son fils, celui-ci facteur et journaliste pigiste dans ma ville. Diebolt junior me demande de l'aider à mettre en place un site web personnel. Quand je lui rends visite, il révèle son véritable objectif : la mise en vente sur Internet des cheveux, des bandelettes et de la résine de Ramsès II. Il me montre alors les reliques : en effet, des petits sacs en plastique avec des mèches de cheveux, des morceaux de tissu en décomposition et des morceaux de résine d’embaumement.

Lorsque je lui demande s'il s'estime en bon droit de garder les échantillons en sa possession et de les proposer à la vente, il répond qu'il n'est pas inquiet à ce sujet, puisqu'il les avait « hérités » de son père.

Les mèches de cheveux, bandelettes de linceul et résine d'embaumement de Ramsès le GrandNous convenons de nous revoir plus tard afin de donner suite à son projet. Cela me laisse du temps pour réfléchir si je coopère ou pas. Diebolt cependant, heureusement pour moi, ne donnera plus de nouvelles et finira par proposer les reliques sur EBay.

Puis l'enfer se déchaîne: des diplomates égyptiens exigent le retour des reliques, les échantillons sont saisis et Diebolt junior est mis en garde-à-vue. Il fait la une des journaux et du JT. Bien que l'Egypte exige des sanctions, il est libéré peu après avec plus de peur que de mal.

Ouf…

Zahi Hawass, à gaucke, et le ministre de culture Farouk Hosni avec les cheveux de Ramsès IIAvec un peu de chance j'aurais fait la une avec lui. Cela ne serait pas la première fois, mais cette fois je suis heureux de renoncer à l'honneur.
Toutefois, cela n'empêche pas le plaisir que j'ai eu à cette double aventure : le rencontre avec l'un des plus grands de la terre, bien que 3218 ans après sa mort, et puis de retrouver ses cheveux dans mes propres mains dans ma propre petite ville de Saint-Egrève, 16000 âmes en tout.

La recherche

Suite à l'enquête les scientifiques français suggèrent qu’iles aient pu démontrer que Ramsès II était effectivement le pharaon de l'Exode. Cependant, les arguments avancés n'offrent aucune preuve concluante.

Le bras levé de Ramsès le GrandFait étonnant, toutefois : la réplique de Zawi Hawass, secrétaire général du Conseil Suprême Egyptien des Antiquités, contient au moins une errance importante, concernant notamment l'un des principaux arguments de l'équipe de recherche : le bras gauche levé de la momie. Selon les enquêteurs français cette étrange position du bras aurait été causée par la noyade dans la Mer Rouge.
Dans un article de l’Al-Ahram Weekly On-line 23 au 29 avril 2009 (traduction ici) Hawass affirme que le bras est dans la position traditionnelle. Cette affirmation est pour le moins surprenante : j'ai pu observer de ses propres yeux que le bras se trouve bel et bien en position soulevée.

L'article contient quelques autres commentaires douteux :

  • La momie de Ramsès II n’aurait point eu besoin d’aucun traitement.
  • Le président français Giscard d'Estaing en personne aurait reçu la momie à l'aéroport Le Bourget.
  • Diebolt senior aurait volé les mèches de la momie.
    Le fait que les échantillons sont restés en France ne concerne qu’une simple coïncidence: les échantillons ont été radiés, donc radioactifs, et ne pouvait donc pas être rendus. L'affaire est ensuite, sans doute, tombée dans l'oubli. Évidemment Diebolt n'avait pas à les ramener chez lui à sa retraite et son fils n’avait pas non plus le droit de les offrir à la vente.

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